La larme à l'œil, c'est un deuxième chez-nous que l'on quitte… 

Vous savez, moi, je n'ai jamais été un grand orateur. Pourtant aujourd'hui, je parle pour deux…
C'est que ma conjointe Francine, depuis son cancer des cordes vocales et son opération, ne peut plus parler. Ça reviendra, tranquillement, avec des exercices et l'aide de la technologie. Mais jamais comme avant.
 
Heureusement, en 46 ans de mariage, nous avons appris à communiquer. Et aujourd'hui, je suis rendu pas mal bon pour lire sur les lèvres. De toute façon, j'ai intérêt à comprendre vite ce qu'elle veut dire, sinon je reçois des coups. Ha! Ha! Je rigole! Ma p'tite puce ne ferait pas de mal à une mouche.
 
Il faut dire qu'ensemble, on fait bien la paire. C'est ce que les gens de la Fondation québécoise du cancer nous ont dit en tous cas, lors de notre séjour au Centre régional de Montréal l'automne dernier. Laissez-moi vous y emmener un instant.

 
Résidant en Abitibi, il nous a fallu trouver de l'aide lorsqu'on a appris pour le cancer de ma belle. Elle devait recevoir ses traitements à Montréal. Ils étaient assez réguliers et c'était impensable de faire tous les allers-retours. Encore moins de rester à l'hôtel tout ce temps, car nous ne sommes pas fortunés. Heureusement que la Fondation québécoise du cancer était là pour nous accueillir!
 
En tout, on y a posé nos valises pendant trois mois, bénéficiant d'un soutien personnalisé qui rendait l'épreuve un peu plus douce — repas et transport vers le lieu de traitement compris — et sachant que nous pouvions avoir accès à divers services au besoin, de l'aide psychologique aux thérapies complémentaires.
 
Petit à petit, l'Hôtellerie Norman Fortier est un peu devenue notre deuxième chez-nous. Et je sais que c'est grâce aux dons de personnes comme vous que nous avons pu bénéficier de ce service qui est, croyez-en ma parole, plus qu'essentiel…
 
On s'y est fait des nouveaux amis. On s'écrit encore aujourd'hui d'ailleurs! Un couple traversant la même chose que nous, originaire de notre coin de pays en plus. C'est fou ce que ça aide le moral, quand on traverse quelque chose comme ça, de rencontrer du monde qui vit la même chose que nous.
 
J'ai aussi réalisé combien il y avait de résidents provenant des régions à l'Hôtellerie de Montréal. Ce n'est pas surprenant en fait, car c'est précisément pour des gens comme nous que ça a été créé au départ, il y a 40 ans. Pour leur éviter de devoir abandonner leurs traitements, faute de moyens.
 
Pendant notre automne à la Fondation, j'ai joué des tours aux employés et bénévoles, qui étaient devenus pour nous des amis de la famille. J’en ai joué à Lilly, qui nous conduisait religieusement à l’hôpital dans le minibus. À Nancy du ménage, qui était toujours aux petits soins. Et à France de la réception, qui était toujours souriante et accueillante. On m’appelait le tannant là-bas. Je me demande bien pourquoi!
 
Bien sûr, je n’ai pas toujours eu le sourire dans cette aventure. À l’annonce du diagnostic, c’est comme si tu recevais un coup de masse sur la tête. Mais après, tu as le choix de comment tu vas aborder la suite.
 
Et à la Fondation, grâce à votre solidarité et au dévouement d'une équipe en or, tout a été mis en place pour que nous nous sentions bien, pris en charge et confortables. Pour qu'on réussisse à apprécier, d'une certaine façon, notre nouveau quotidien. Et pour qu'on s'encourage en se disant, comme nous sommes des millions à le faire ces jours-ci : « ça va bien aller »…
 

Si bien qu'aussi paradoxal que ça puisse paraître, on était très émus lorsqu'on a quitté l'Hôtellerie pour revenir à la maison. Non pas qu'on n'était pas heureux de rentrer, bien au contraire. Mais on avait tissé des liens avec des gens sincères.
 
​On quittait ce qui était devenu notre maison. C'était la fin d'une expérience dont on se souviendra toujours, marquée par l'épreuve, oui, mais aussi par la bienveillance et une profonde amitié.
 
Je vous dis ça, mais lors de la cérémonie de la cloche (c'est une tradition de la Fondation, lorsque des résidents quittent après leurs traitements), pas mal tout le monde avait la larme à l'œil. Le grand tannant, la petite puce, et nos amis de la Fondation. Il faut croire que, nous aussi, on leur a donné de quoi se souvenir de nous...
 
Ghislain Houle, Senneterre en Abitibi
 
P.-S. – Aujourd'hui, le pire est derrière nous, pour ma conjointe Francine et moi. Mais j'ai une pensée spéciale pour les Québécois qui doivent aujourd'hui faire face au cancer, en ces temps particulièrement difficiles.

Je pense aussi souvent à nos amis de la Fondation québécoise du cancer, qui doivent redoubler d'efforts et de précautions pour continuer d'offrir leurs services, considérés essentiels par le gouvernement, au temps du coronavirus. Je les salue : Lilly, Nancy, France, Marco et tous les autres… Et je vous invite à les encourager par un don, à la hauteur de vos moyens. Ma conjointe et moi pouvons en témoigner : ce qu'ils accomplissent au quotidien est tout simplement exceptionnel. Merci d'avance! Et surtout, prenez soin de vous et de vos proches.